Nénés Paris : la lingerie chic et éco-responsable [Entretien]

 

Derrière son nom décomplexé, Nénés Paris est une jeune marque de lingerie française qui propose des sous-vêtements éco-responsables et chics faits à partir de fibres recyclées. Imaginée par Adrien Deliere et Margot Dargegen, on a rencontré cette dernière pour parler éthique, inspirations et entreprenariat.

Photographie de page d’accueil : Nénés Paris / Quentin Simon

Passionnée de mode, vous avez fait de nombreux stages de communication dans des groupes de luxe et des start-up. Comment vous est venue l’idée de lancer votre marque de lingerie éco-responsable ?

C’est par­ti d’une prise de con­science. Mon asso­cié et moi nous sommes sor­tis d’école de com­merce il y a un an et demi. Comme je baig­nais déjà dans le milieu de la mode par mes stages, et par pas­sion, j’assistais sou­vent à des con­férences sur le milieu, notam­ment la mode éthique. C’est là que j’ai décou­vert, et pris con­science, que c’était le deux­ième secteur le plus pol­lu­ant au monde. Avant je ne me rendais pas compte de cela, parce que j’adore la mode et j’achetais beau­coup de vête­ments. Ce qui m’a don­né ensuite l’envie de m’intéresser à où et com­ment les grandes mar­ques pro­duisent, fab­riquent les tis­sus, les tein­tures. J’ai alors eu l’idée d’une mar­que éthique de lin­gerie, parce que j’aime par­ti­c­ulière­ment cela, avec des basiques sexy, avec de la den­telle et du tulle, mieux pro­duits et ven­dus à des prix abor­d­ables.

Et ce nom, Nénés Paris, à la fois décomplexé et en même temps sérieux avec « Paris » qui évoque la couture, ça vient d’où ?

Juste­ment je voulais aus­si décom­plex­er la lin­gerie, avec un côté sec­ond degré. C’est sou­vent appar­en­té au sexy, au noir, rouge, séduisant… Mais dis­ons que la mar­que est à la fois drôle et amu­sante avec Nénés et Paris c’est le côté plus sérieux. Aus­si parce que c’est une mar­que française, la société est basée dans cette ville et que j’y vis. En plus on retient bien ce nom, Nénés Paris.

Vous êtes 2 à avoir lancé le projet, comment se définit la répartition des tâches ?

Moi je m’occupe de la créa­tion des mod­èles, de la com­mu­ni­ca­tion et du mar­ket­ing. Adrien c’est un peu un geek, donc il gère tout le e‑shop, la logis­tique, tout le dig­i­tal, mais aus­si l’administratif et la finance, domaine où il est bien meilleur que moi. Ce qui est bien, c’est qu’on a un peu cha­cun nos domaines, du coup on n’empiète pas l’un sur l’autre.

Vos créations sont en fibres recyclées réalisées avec des fins de rouleaux de tissus et des bouteilles. Pourquoi avoir choisi ce modèle plutôt qu’un autre ?

À la base j’avais vu ce que fait Hopaal, une mar­que de prêt-à-porter en fibres recy­clées de polyamide et d’élasthanne. Je n’avais pas trop envie d’utiliser comme beau­coup de mar­ques du coton bio et du bam­bou, d’autant plus que je voulais faire de la lin­gerie fine et pas trop sports­wear. En plus ce mod­èle exclut totale­ment des fibres d’origines ani­males. C’est peu courant comme util­i­sa­tion dans le milieu de la lin­gerie mais j’y suis moi-même assez sen­si­ble alors je devais le pren­dre en compte. Donc je suis allée dans des salons pro­fes­sion­nels pour ren­con­tr­er des tis­seurs, des fileurs, pour trou­ver d’éventuelles usines de con­fec­tion qui util­i­saient ces fibres. L’usine où sont pro­duits mes tis­sus se trou­ve en Ital­ie et mon fab­ri­cant est basé au Por­tu­gal. Notam­ment pour une ques­tion de coût, parce qu’on veut quand même que nos pro­duits soient abor­d­ables, mais je ne suis pas fer­mée à une fab­ri­ca­tion française.

 

«Produire éthique est compliqué mais pas infaisable, ni même beaucoup plus cher »

 

Est-ce que c’est compliqué de produire éthique aujourd’hui ?

C’est beau­coup plus com­pliqué que de ne pas pro­duire éthique c’est sûr, c’est vrai­ment se met­tre des bâtons dans les roues tout seul. Avec mon mod­èle de fab­ri­ca­tion, pour le moment, j’ai moins de choix dans les tis­sus, les den­telles, et ça me lim­ite un peu côté créa­tion. Après, c’est plus dur, mais ce n’est pas infais­able. Et ce n’est pas beau­coup plus cher, sauf pour la pro­duc­tion parce qu’on com­mande moins de pièces. Ce qui reste cher ce n’est pas d’être éthique, c’est d’être une petite mar­que. On va com­mencer avec 300 pièces, ce qui n’est pas beau­coup, mais on paye cher la pro­duc­tion et l’assemblage parce que juste­ment on a encore peu de mod­èles. Donc au début c’est sûr, on ne va pas beau­coup marg­er. Mais on a aus­si en tête de ren­dre l’éco-responsable acces­si­ble sans pour autant ven­dre un sou­­tien-gorge à 10 euros, parce que ce prix est com­plète­ment irréel.

Assez parlé confection, parlons maintenant chiffon. Nénés Paris c’est aussi une marque qui fait voyager, notamment à travers la première collection, appelée « Souvenirs de Jaipur ». Quelles sont vos inspirations ?

Ce que je vois tous les jours dans la rue, sur inter­net beau­coup. Ce à quoi je rêve aus­si, les couleurs qui m’inspirent. En plus j’aime beau­coup voy­ager, par­tir en road trip. Pour cette pre­mière col­lec­tion, je me suis inspirée d’un voy­age en Asie, avec les couleurs de l’Inde, très chaleureuses. Par exem­ple je n’ai pour l’instant aucun mod­èle de couleur noire. J’avais juste­ment envie de m’éloigner de ce côté lin­gerie « clas­sique ». Pour moi la couleur c’est très impor­tant, parce qu’il faut que ça tape à l’œil.

Pour l’instant vous n’avez que 3 modèles de soutiens-gorges, prénommés Vanaja, Hita et Avani, tous sans armatures. Est-ce que faire moins de pièces fait aussi parti de l’ADN de la marque, le produire moins mais mieux ?

Notre but est tou­jours en rap­port avec l’éthique. Pour nous il vaut mieux acheter moins, mais mieux. Il faut que les gens pren­nent con­science du vrai prix des choses. Il vaut mieux acheter un sou­­tien-gorge Nénés Paris pour lequel on a eu un coup de coeur, plutôt que 3. On aimerait renou­vel­er les col­lec­tions plusieurs fois dans l’année, au moins à chaque sai­son. Il y aura à chaque fois peu de pièces, mais plus de nou­veautés, aus­si pour que cha­cune s’y retrou­ve. Si pour le moment nous n’avons que 3 tailles (S, M, L), c’est unique­ment pour des raisons finan­cières. Dans la prochaine col­lec­tion il y aura aus­si des arma­tures et des ensem­bles.

« C’est vraiment par passion, et clairement pas pour l’argent. Si tu n’es pas passionné tu deviens fou »

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Comment on se lance dans un projet pareil ?

Finan­cière­ment c’était vrai­ment des sac­ri­fices. Je me demande par­fois si j’ai bien fait de me lancer, mais j’ai quit­té des jobs pour lancer ce pro­jet, donc c’est vrai­ment par pas­sion, et claire­ment pas pour l’argent. Si tu n’es pas pas­sion­né tu deviens fou. Et il ne faut pas hésiter à par­ler de son pro­jet pour avoir des retours, et ne pas penser à tout prix qu’on va te piquer ton idée si tu en par­les. Et trou­ver un asso­cié aus­si était impor­tant pour moi, sur le côté financier, mais aus­si pour le sou­tien moral. Je suis assez per­fec­tion­niste et lui il me calme, donc c’est bien aus­si qu’on ait des car­ac­tères dif­férents.

Un dernier mot sur les valeurs, l’ADN de Nénés Paris ?

Respecter l’environnement et les gens qui tra­vail­lent pour la mar­que, aus­si bien à la fab­ri­ca­tion du tis­su que dans l’atelier de con­fec­tion. Le tout pour pro­pos­er de jolies pièces de lin­gerie mode et éco-respon­s­ables, à des prix justes. Et puis nénés c’est la lib­erté, et on a envie que tous les nénés puis­sent trou­ver leur bon­heur.

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