Face to Face : Rencontre avec la fondatrice Marianna Szeib-Simon

 

Rendez-vous dans un appartement parisien pour rencontrer Marianna Szeib-Simon, la fondatrice de Face to Face, à l’occasion de sa première collaboration avec Chez Simone, « l’appartement qui te veut du bien ».

Le face à face entre les créa­teurs, éthiques et sélec­tion­nés selon les valeurs de la jeune femme, et les clients s’avère être une réus­site depuis son lance­ment en 2015. Ces événe­ments réguliers, soutenus par un site édi­to­r­i­al et mar­ket­place, sont uniques dans la faune com­mer­ciale française.

Comment avez-vous débuté votre projet Face to Face ?

C’était une asso­ci­a­tion à but non lucratif que j’ai créée en étant encore chez Dior. J’avais envie de tester le con­cept, de savoir si les créa­teurs avaient vrai­ment besoin d’un lieu d’exposition qual­i­tatif. Au départ, Face to Face avait pour but d’événementialiser la vente, de présen­ter le créa­teur avec ses créa­tions directe­ment au client final. Et mon­tr­er que der­rière chaque objet se cache une per­son­nal­ité unique. C’était comme un salon pro­fes­sion­nel, mais ouvert au pub­lic, lui aus­si con­vié sur invi­ta­tion.

Les créa­teurs m’ont con­tac­tée après la pre­mière qui a eu lieu en décem­bre 2015, pour me deman­der quand était la prochaine… Les clients nous demandaient ensuite où ils pou­vaient trou­ver les créa­teurs. On a donc créé en mars 2018 le site Face to Face.

C’est tout d’abord un site édi­to­r­i­al, on y présente le por­trait du créa­teur avec ses doutes, ses échecs et ses suc­cès, sa démarche et son savoir-faire. Sa deux­ième voca­tion c’est d’aider les créa­teurs à avoir une vis­i­bil­ité et de ven­dre. C’est un mar­ket­place qui per­met aus­si d’être un fil rouge entre un événe­ment et un autre.

Avez-vous toujours eu une appétence pour la création ?

Avant de faire mes études en économie, j’avais voulu faire de la pho­togra­phie. Durant mes études, j’ai donc cher­ché la créa­tiv­ité, j’ai trou­vé cette approche dans le mar­ket­ing développe­ment qui est de la con­cep­tion de pro­duits. J’ai décidé de faire un stage de six mois chez Yves Saint Lau­rent, afin d’avoir une expéri­ence impor­tante et sor­tir de l’ESCP en sachant ce que je voulais faire. Ça a été une expéri­ence forte.

 

 

« C’est en voy­ant le gaspillage que l’on se pose des ques­tions éthiques »

 

 

Est-ce qu’à ce moment là vous aviez déjà une conscience de l’éthique ?

C’était plus l’histoire qui m’attirait à ce moment là. Je m’attachais beau­coup à com­pren­dre la vie d’Yves Saint Lau­rent, l’ADN de la mar­que. Et effec­tive­ment, au fur et à mesure que je tra­vail­lais dans les grands groupes, je me suis ren­du compte à quel point l’élément éthique deve­nait impor­tant. C’est en voy­ant le gaspillage, le lance­ment des pro­duits en quan­tité mas­sive pour ensuite être retirés du marché et sou­vent détru­its, les dys­fonc­tion­nements, que l’on se pose des ques­tions éthiques. C’est génial de créer, mais est-ce que cela ne peut pas servir à une cause ?

Quel a été le déclic pour créer Face to Face ?

Au bout de 2 ans chez Dior, on a com­mencé à se pos­er des ques­tions sur la façon dont on pou­vait faire venir les gens en point de vente et leur faire vivre une expéri­ence inou­bli­able. Je voy­ais à quel point, en tant que client, on a envie de décou­vrir une his­toire, touch­er, échang­er. En par­al­lèle, j’avais égale­ment beau­coup d’amis qui lançaient leur mar­que.

Si Insta­gram a démoc­ra­tisé la pos­si­bil­ité de devenir créa­teur sans for­cé­ment être for­mé, le réseau social n’apportait pas ce con­tact direct avec le client. On peut avoir énor­mé­ment de fol­low­ers mais ne pas ven­dre. Je voy­ais cette dis­so­nance, et j’ai eu envie d’injecter ma créa­tiv­ité et ce que j’ai appris dans ces grands groupes pour des mar­ques indépen­dantes et engagées qui ont un sens pour moi.

« Il ne faut pas trop s’attacher à nos idées et ne pas avoir cet ego de nier ses erreurs »

Dans une interview accordée à Sharps, vous vous définissez comme une personne rationnelle à la sensibilité extrême. Comment cela influence-t-il votre vision du travail ?

C’est très intu­itif, je marche au coup de coeur et en étant enceinte je ressens encore plus l’intuition fémi­nine. J’ai besoin d’un cadre et d’être en binôme avec quelqu’un aus­si de très rationnel, ordon­né, par­fois j’ai besoin d’un plan­ning. Manon Posty Sworows­ki, mon asso­ciée, est dans le plan­ning, la pro­jec­tion, l’anticipation, on est très com­plé­men­taires.

La vie d’une entre­prise, surtout jeune, c’est aus­si de com­pren­dre rapi­de­ment que nos idées de départ ne sont pas for­cé­ment les meilleures et il faut vite rebondir; réa­gir rapi­de­ment pour s’améliorer. J’ai cette capac­ité à me dire « je me suis trompée, c’est pas grave, je passe à autre chose ». Il ne faut pas trop s’attacher à nos idées et ne pas avoir cet ego de nier ses erreurs et per­sis­ter.

Quels sont les problématiques auxquelles vous avez fait face lors de la création de votre entreprise ?

Le plus dif­fi­cile c’est de trou­ver en soi des ressources qui nous per­me­t­tent de croire en nous. C’est très impor­tant de se dire « aujourd’hui, c’est une mau­vaise journée. Demain, j’aurai une nou­velle idée et ça va repar­tir. »

Quelles sont les valeurs que vous souhaitez mettre en avant ?

Je pars tou­jours de la per­son­ne, je ren­con­tre 100 % des créa­teurs avant de les inviter à la col­lab­o­ra­tion. Je cherche l’authenticité, une his­toire autour de leur vie. La plu­part revi­en­nent à un rêve d’enfance, à quelque chose trans­mis par leurs par­ents ou grands-par­ents ou à la région dont ils sont orig­i­naires. De ça, découlent les autres valeurs comme la trans­parence, la qual­ité du pro­duit. J’ai besoin de m’assurer que ce que je vais pro­pos­er aux clients est un objet que je pour­rais moi-même avoir.

La notion de prix juste est essen­tielle aus­si, nos pro­duits ne sont pas les moins chers, mais la notion d’accessibilité est impor­tante. Si un pro­duit dépasse 100/150 euros, on a besoin de savoir pourquoi : le temps passé, des pièces uniques, des édi­tions lim­itées ?

Cela vous arrive-t-il donc de refuser des créateurs ?

J’en refuse, et c’est très dif­fi­cile, mais c’est le principe même d’une sélec­tion. Leurs pro­jets sont tou­jours per­son­nels, ce sont sou­vent des sec­on­des vies, et il faut le dire sans bless­er et sans stop­per la per­son­ne dans son développe­ment. Mais je reste dans cette trans­parence, je leur explique pourquoi.

« C’est une philosophie de vie et une consommation à l’échelle humaine»

 

Pensez-vous que les valeurs de Face to Face soient conciliables avec une forte exposition médiatique ?

C’est le but. Mais effec­tive­ment c’est un pro­jet qui a été fondé sur des valeurs que je ne veux pas chang­er. C’est dans le choix des créa­teurs qu’il faut que je garde cette notion de sélec­tiv­ité. Je n’ai aucune ten­ta­tion de chang­er quoi que ce soit. Je ressens que de plus en plus de gens qui sont passés au bio, au cir­cuit court pour leur ali­men­ta­tion, s’intéressent aus­si à com­ment on s’habille, com­ment on décore son apparte­ment. C’est une philoso­phie de vie et une con­som­ma­tion à l’échelle humaine, on ne con­somme plus de façon aveu­gle.

Avec les ventes réalisées, est-ce que vous voyez des tendances particulières ?

Le plus touchant pour les clients, c’est l’alchimie : quand le créa­teur qu’il ren­con­tre est vrai­ment en accord avec ce qu’il fait et qu’il y croit. Ça s’est passé pour Elise Tsikis, une créa­trice des bijoux, qui est avec nous depuis le début. C‘est une per­son­nes déter­minée, tal­entueuse. Le client le ressent, et ça donne un suc­cès à la fin de la vente. Dans cette expéri­ence face à face c’est très impor­tant de garder en tête que notre per­son­nal­ité va véhiculer notre mar­que. C’est ce qui attire le client.

« On veut décharger le créateur de ce qui n’est pas son cœur de métier »

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Comment voyez-vous la suite de Face to Face ?

Con­tin­uer à apporter de nou­veaux ser­vices aux créa­teurs comme le shoot­ing édi­to­r­i­al col­lec­tif, avec des presta­tions RP, un feed Insta­gram et autres réseaux soci­aux. On veut décharg­er le créa­teur de ce qui n’est pas son coeur de méti­er mais qui est très impor­tant aujourd’hui.

Le prochain pro­jet est un pop-up Chez Simone d’une semaine par mois à par­tir d’octobre (du 13 au 20 octo­bre) et la 2e semaine de novem­bre. En décem­bre juste­ment, nous avons notre 6e édi­tion Face to Face dans une bou­tique pignon sur rue. Et pour la pre­mière fois elle se déroule sur 5 jours du 5 au 10 décem­bre.

www.facetofaceparis.com

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