Cuir de banane, d’ananas, teinture à partir d’algues… De nouvelles entreprises réfléchissent aujourd’hui à des alternatives éco‐friendly et vegan pour concevoir la mode de demain. Zoom sur ces concepts plus respectueux des animaux et de l’environnement, qui allient recyclage et innovation.

Photographie de page d’accueil : © Global Change Award (MycoTEX)


« On n’utilise qu’une dizaine de matières dans la mode et j’essaye de remettre ça en question »
, déclarait Stella McCartney en avril 2018 à la BBC. Elle souhaitait alerter sur l’impact écologique de l’industrie de la mode. « J’essaye de m’intéresser aux technologies, de faire produire de la soie en laboratoire, d’utiliser des teintures innovantes et je ne pense pas qu’on voie la différence. C’est de la science, mais de la science glamour ». Le monde de la mode est face à des défis environnementaux, sociaux et éthiques. Les marques sont ainsi de plus en plus nombreuses à adopter une stratégie de développement durable. Elles s’allient alors à des entreprises qui développent de nouvelles matières, plus respectueuses des animaux et de l’environnement et basées sur une industrie circulaire et de recyclage.

Crop‐A‐Porter

Recycler les restes de culture pour concevoir des textiles ? Ils l’ont fait. Ce concept, imaginé par les Américains Yitzac Goldstein, Geof Kime et Isaac Nichelson, se fonde sur un système fermé appelé « Agraloop ». Il s’agit d’une production régénératrice de biomatériaux, à faible coût avec des déchets de cultures vivrières. En mars dernier, ce concept a remporté le premier prix lors des Global Change Awards. Leur méthode se base sur le recyclage des résidus et restes des cultures afin de les transformer en bio‐fibres et concevoir des textiles.

Pour l’instant, l’entreprise se concentre sur le gaspillage que génère la culture des bananes, des ananas, de la canne à sucre, et des graines de lin et de chanvre. Crop‐A‐Porter souhaite donc récupérer ce qui n’est pas consommable, comme la paille de riz, dont 32 millions sont brûlées chaque année en Inde.

Pour ce qui est de la banane, 270 millions de tonnes de déchets pourrissent chaque année. Une innovation de matière qui est aussi un moyen de réguler la production de coton, devenue un véritable danger sanitaire et social dans certains pays. « Nous cherchons à aider notre industrie à commencer à se défaire du coton en tant que ressource de fibres naturelles la plus utilisée au monde », expliquait Isaac Nichelson dans un communiqué.

Le Piñatex

https://www.instagram.com/p/BiCSJT7hGEx/

Adopté très récemment par la marque Hugo Boss pour de nouvelles baskets, le Piñatex a été conçu par Carmen Hijosa, conceptrice espagnole de produits en cuir. Alors qu’elle cherchait une alternative au cuir animal, elle a découvert le Barong Tagalog, une tenue cérémonielle portée par les Philippins et fabriquée à partir des fibres des feuilles d’ananas. Ce tissu, à la fois raffiné et solide, était parfait pour concevoir une nouvelle forme de cuir. Ainsi donc a été élaboré le Piñatex, un cuir fait à partir de fibres d’ananas, difficile à produire, mais qui est considéré comme un sous‐produit des récoltes de fruits. Son impact environnemental est donc assez limité. « En d’autres termes, nul besoin d’utiliser des terres, de l’eau, des pesticides ou des engrais », expliquait Carmen Hijosa au magazine Fast Co en 2016. « Nous nous basons en fait sur un matériau de récupération que nous « surclassons » en lui apportant de la valeur ajoutée. »

L’entreprise de Carmen Hijosa, Ananas Anam, travaille avec des cultivateurs philippins pour extraire les fibres des feuilles d’ananas, qui finiraient sinon au rebut, une fois le fruit récolté. Ces fibres sont ensuite envoyées dans une usine textile où elles subissent des traitements industriels et chimiques, similaires à ceux employés pour la préparation du feutre, pour finir en intissé. Le matériau ainsi obtenu, qui est vendu aux marques textiles, se décline en quatre teintes parfaitement adaptées à toutes les garde‐robes : charbon, naturel (crème), brun et or métallisé.

MycoWorks — MycoTEX

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L’entreprise MycoWorks développe une matière semblable à du cuir à base de champignons. Pour ce faire, c’est le mycélium, la partie végétative du champignon qu’elle utilise. D’après des tests réalisés en laboratoire, ce type de matériau a la capacité d’absorber l’humidité puis de la libérer. Autrement dit, l’humidité ne reste pas sur le produit. Cela a plusieurs conséquences et applications : d’abord, cela évite la prolifération de bactéries et c’est un produit plus sain pour notre corps. Ensuite, c’est une caractéristique qui s’adapte parfaitement pour les semelles des chaussures et les bracelets des montres. Ces derniers provoquent en effet parfois des allergies ou des odeurs désagréables dues à l’humidité.

Vegea

L’entreprise italienne Vegea, a elle conçu une matière semblable au cuir à partir de résidus issus de la viticulture (peaux, tiges, pépins…). Avec 18% de la production mondiale, l’Italie est l’une des plus grandes terres viticoles. Vegea a donc décidé de mettre à profit les nombreux résidus de grains et de peaux issus de la transformation du raisin. Elle souhaite créer un cuir très résistant pour l’industrie de la mode, les fabricants de mobilier et l’automobile. 26 milliards de litres de vin sont produits dans le monde chaque année ce qui représente 7 milliards de kilos de marc et donc un potentiel de 3 milliards de mètres carrés de cuir alternatif.

Et bien d’autres

L’initiative suédoise de recyclage The Regenerator, a inventé des produits écologiques qui séparent le coton et le polyester d’anciens vêtements afin de créer de nouvelles fibres textiles réutilisables. Algalife, de l’israélien Algae Apparel, transforme les algues en bio‐fibres et teinture eco‐friendly. Tandis que Resortics, conçu par le belge Smart Stitch, produit du fil soluble pour faciliter la recyclage.