Rencontre avec Claire Brachet, autrice du guide Brachet des vins vegan

Elle est consultante, entrepreneure, et l’autrice du guide Brachet des vins vegan. En exclusivité pour Vegan Magazine, Claire Brachet répond à toutes nos interrogations sur le vin végétalien, et nous livre sa démarche éthique ainsi que ses prochains projets.

(c) Alexis Garcia / Vegan Magazine

Commençons par la grande question… C’est quoi le vin vegan ?

Il faut prendre la problématique dans l’autre sens : pourquoi est-on obligé de se poser la question ? Dans le vin conventionnel, il n’y a pas que du jus de raisin ! Il y a beaucoup de produits qui sont ajoutés : des levures de culture, des produits pour acidifier, désacidifier, augmenter l’alcool ou le diminuer, etc. Pour rectifier la fermentation, il peut y avoir des dizaines d’intrants.

Parmi tous ces produits, il se trouve que certains sont d’origine animale, utilisés pour le « collage ». On y trouve du blanc d’œuf, de la colle de poisson (résidu d’estomac de poisson) et même de la caséine (qui vient du lait). Lorsque la fermentation est arrivée au bout, on voit l’apparition de dépôt. On a alors voulu avoir un produit plus limpide, le stabiliser pour éviter que la fermentation ne reparte et n’aille trop loin, et que cela devienne du vinaigre (vin-aigre !).

Biologique, naturel, végétalien… Comment on s’y retrouve ? Doit-on se fier aux labels ?

Cela dépend ce que l’on cherche. Les labels vegan ne sont pas contraignants en terme de pratique biologique. Un vin vegan peut donc n’utiliser aucun produit d’origine animale tout en contenant d’autres produits peu recommandables, dont des pesticides. Le label V (de l’AVF) incite fortement au biologique mais n’est pas contraignant, tout comme le label anglais Vegan Society, qui accepte les OGMs d’origine végétale.

Les vins biologiques renvoient eux à une labellisation européenne, mais qui s’est progressivement adoucie en termes de contraintes. Le label Nature & Progrès peut être intéressant car il s’accompagne de règles, d’une dimension d’agro-foresterie et de réhabilitation des espaces. On peut également citer des labels biodynamiques comme Demeter ou Biodyvin. Le label EVE est lui en revanche plus complet car il propose différents niveaux (1,2,3,4), dont le 4e renvoie à une agriculture biocyclique végétalienne.

Les vins « nature » eux n’ont pas de label, c’est plutôt de l’autodéclaratif. Vin nature signifie que rien n’est ajouté au vin, notamment aucun sulfite, le vin est entièrement en fermentation naturelle.

Quelle est la place du vin « propre » en France et à l’étranger ?

La viticulture en France est le domaine agricole qui utilise le plus de pesticides et herbicides et la majorité des vins non biologiques en contiennent. L’Italie par exemple, a eu « la chance » de pas passer par une certaine industrialisation du vin, c’est pourquoi on peut y retrouver beaucoup de vins naturels. Globalement, l’utilisation de produits pour stabiliser les vins est répandue dans le monde entier, aussi bien les vins américains que les vins australiens, notamment.

Y a-t-il une demande de vins vegan français à l’étranger ?

Oui une grosse demande. Et justement, c’est de là qu’est venue la labellisation en France, et par des gens qui exportaient et qui se sont rendus compte qu’ils avaient un besoin de labels pour réussir à vendre dans les pays anglo-saxons. Jusque-là les labels servaient pour l’étranger et n’étaient pas affichés sur les produits français, mais c’est en train de changer. Il peut ainsi arriver qu’en France, pour une même bouteille labellisée, on change l’étiquette en fonction du public visé pour afficher ou non son label.

Comment on trouve du vin vegan ?

On achète mon livre ! Et on regarde de près les labels. En allant chez un caviste nature, on est quasi sûr de ne trouver aucun produit ajouté dans le vin. Chez son caviste de quartier, c’est un peu plus délicat de demander directement du vin vegan, on demandera plutôt comment le vin est fait et s’il vend des vin « non collés ». Du coté de chez Nicolas, il semble qu’ils commencent un peu à identifier les vins vegan. On peut aussi se tourner vers le site vin-vegetalien.com

Comment êtes-vous arrivée au vin vegan ?

Ça a été un changement de carrière, j’ai été enseignante-chercheuse puis j’ai travaillé dans le privé et j’ai décidé de changer de vie. J’ai notamment suivi une formation vini-viticulture. Je suis partie dans le Lot-et-Garonne avec mon compagnon, ça a été un tout nouvel environnement mais pour le vin c’est idéal. J’ai aujourd’hui des d’amis producteurs, assez ouverts d’ailleurs quant à mon approche et qui eux-mêmes sont dans une démarche environnementale très intéressante.

Comment définissez-vous votre démarche éthique ?

Je suis dans une démarche de déconsommation, de consommer local et sans plastique. Je suis végétalienne mais j’ai par exemple un sac en cuir depuis 10 ans que je ne veux pas le jeter, je préfère faire en sorte qu’il dure le plus longtemps possible. Je fais aussi attention dans mon activité de traiteuse à éviter certains produits qui viennent de loin, comme l’avocat.

Je privilégie également le vin en biodynamie. Il faut voir ces vignes : ce sont de véritables écosystèmes, avec des orchidées sauvages, des papillons, c’est magnifique à voir. Après il s’agit d’un choix personnel, mais je préfère la biodynamie à l’agriculture hors-sol sur substrat, même cela implique l’utilisation de bouse de vache (elle-même issue de la biodynamie). D’autre part, je préfère travailler avec des producteurs qui ne pasteurisent pas leur vin, car pour moi c’est un produit vivant.

Quels sont vos projets actuels et à venir ?

Pour le moment, mon activité dite « principale » est le conseil et la création de cartes pour des restaurants, mais je suis également traiteuse végétale, activité qui m’occupe ponctuellement sur de gros projets, avec une influence culinaire très japonaise. D’autre part, je viens de créer avec mon compagnon une toute nouvelle entreprise de transformation de fruits et légumes, où l’on fait de la lacto-fermentation, et qui s’appelle Alyxir.

Je compte aussi intégrer « La Maison Forte » qui est une sorte de hub écologique. Je vais y chapeauter le pôle alimentation pour tous les événements et séminaires, résidences artistiques, que la maison accueille. Le projet a pour ambition de repenser le futur, et a fait le choix de s’orienter vers le végétal. Cela va être un gros investissement en terme de temps, mais prendre part un jour à ce type de structure coopérative et écologique a toujours été un de mes rêves.

 

 

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