Le Parlement européen valide l’appellation “burger vegan” mais pas “lait végétal”

Le Parlement Européen a tranché : un steak végétal “peut rester” un steak végétal. La confusion demeure cependant, puisque la logique appliquée par l’instance européenne n’a pas été appliquée au sujet des alternatives végétales aux produits laitiers, qui elles, se voient privées de l’usage de termes comme “alternative au fromage” ou “greek-yogurt style”. 

La Veggie Burger Ban n’aura pas lieu

Le 23 octo­bre 2020, c’est un chapitre de l’histoire des alter­na­tives végé­tales à la viande qui se clô­ture. Après plusieurs mois de plaidoy­er, le Par­lement de l’Union Européenne décide finale­ment de ne pas sanc­tion­ner ces pro­duits en reje­tant la propo­si­tion d’interdiction — désor­mais surnom­mée “Veg­gie Burg­er Ban” — qui visait à empêch­er les sim­ili-carnés d’employer des ter­mes tels que “steak végé­tal” ou “burg­er-style” sur leur pack­ag­ing (amende­ment 165). Selon les défenseurs de cette propo­si­tion, ces appel­la­tions, employées sur des pro­duits végé­tariens et/ou veg­an, seraient source de con­fu­sion pour les con­som­ma­teurs — un argu­ment employé il y a de cela de nom­breux mois déjà, à l’échelle française, par l’éleveur et député Jean-Bap­tiste More­au

Une affir­ma­tion que réfute en tout point le Bureau Européen des unions de con­som­ma­teurs (BEUC) : “les con­som­ma­teurs ne sont en aucun cas trou­blés par un steak de soja ou une saucisse à base de pois chiche à par­tir du moment où ces pro­duits sont claire­ment éti­quetés comme végé­tariens ou veg­an”. De tels ter­mes facili­tent l’appropriation des pro­duits par les con­som­ma­teurs, leur per­me­t­tent de com­pren­dre plus facile­ment com­ment les inté­gr­er à leurs repas, insiste la fédéra­tion. Une asser­tion qui, surtout, ne repose sur aucune étude de grande ampleur prou­vant qu’une part sig­ni­fica­tive des con­som­ma­teurs européens se serait déjà trompée en se sai­sis­sant d’une alter­na­tive végé­tale en ray­on tout en croy­ant acheter un pro­duit carné. À ce manque de chiffre inval­i­dant d’emblée l’argument prin­ci­pal de cette propo­si­tion d’interdiction s’adjoint une réal­ité, dif­fusée par la Com­mis­sion Européenne elle-même fin 2018 (Rap­port de la Com­mis­sion Européenne au Con­seil et au Par­lement Européen sur le développe­ment des pro­téines végé­tales au sein de l’UE, novem­bre 2018): plus de 90% des alter­na­tives végé­tales à la viande sont aujourd’hui con­som­mées par des flex­i­tariens. 

Une victoire en demi-teinte pour le marché du végétal 

Avec plus de 273 600 sig­na­tures récoltées pour s’opposer au pro­jet d’interdiction, l’ONG ProVeg Inter­na­tion­al accueille pos­i­tive­ment cette nou­velle, tout en pointant du doigt l’incohérence de l’UE qui a en revanche décidé d’interdire aux alter­na­tives végé­tales aux pro­duits laitiers de se référ­er aux expres­sions “fro­mage veg­an”, “greek-yogurt style”, (…) sur leurs embal­lages, et donc, de ren­forcer le dis­posi­tif régle­men­taire déjà en place depuis 2017. D’après Camille Per­rin (BEUC), cette déci­sion, “inutile” et “dom­mage”,  n’est aucune­ment liée à une volon­té de pro­téger les con­som­ma­teurs. Plus grave, même, puisqu’elle va à l’encontre des objec­tifs de l’Union Européenne qui visent à créer un sys­tème ali­men­taire plus sain et plus durable (cf : le Green Deal Européen, Stratégie “De la Ferme à la table”) en instau­rant un flou dans les rayons tout en pénal­isant les entre­pre­neurs et mar­ques qui s’engagent aujourd’hui pour dévelop­per des pro­duits laitiers en ver­sion 100% végé­tale puisque ces derniers devront assumer les con­séquences finan­cières de cette déci­sion (frais de re-brand­ing, de pack­ag­ing, de mar­ket­ing futurs). 

Des répons­es diver­gentes apportée à deux sujets sim­i­laires, une réac­tion inadap­tée face aux enjeux écologiques et san­i­taires de la société européenne : le Par­lement européen ne sèmerait-il pas plus la con­fu­sion qu’il ne la dis­siperait ?

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